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Article des étudiants | De la fabrique du crétin scolaire à la fabrique du crétin digital

Article des étudiants | De la fabrique du crétin scolaire à la fabrique du crétin digital

Comment fabriquer un crétin ? Paradoxalement, en premier lieu, à l’école. Déjà en 2005, dans son ouvrage La Fabrique du Crétin, l’enseignant et essayiste Jean-Paul Brighelli démasquait le projet néo-pédagogue, hérité de l’intellectualisme déconstructionniste de mai 68. En instaurant une « science de la pédagogie », les héritiers de ce mouvement, omniprésents dans l’enseignement, se donnèrent pour objectif rien de moins que la répudiation programmée du savoir. Stop à l’enseignement de la culture et à la transmission de la connaissance. L’apprentissage doit désormais venir de l’élève.

Cette conception de l’éducation insufflée par la gauche a signé la mise à mort lente et progressive du système éducatif français des années 70, qui suscitait l’admiration de nos voisins. Non seulement il engendrait des élites que d’autres se disputaient mais il avait inculqué une culture à un peuple entier pendant que chez eux elle était réservée à une poignée. L’enseignement français était alors essentiellement généraliste. Sa fonction ne visait pas à enseigner un métier, souci qui émergea vers le début des années 80.

C’est en effet à cette époque que s’ajoutera au premier un second « projet éducatif », conjointement à l’apparition du néo-libéralisme. Il s’agira de formater l’individu par l’école, d’en faire un être sans culture et sans racines, en phase avec les besoins de l’économie moderne : une demande croissante d’employés non qualifiés. En d’autres termes, un crétin bon marché corvéable à merci. Et c’est pourquoi 80% d’une classe d’âge accède désormais au bac contre 20% dans les années 60. Le système éducatif ne forme plus l’intellect, il multiplie les filières de bacs par dizaines, baisse les exigences des correcteurs et renonce de fait à la promotion au mérite. Y a-t-il véritablement une réussite sans échec ?

 

« Il s’agira de formater l’individu par l’école, d’en faire un être sans culture et sans racines, en phase avec les besoins de l’économie moderne »

 

Mais négliger la formation généraliste et la transmission de la culture, c’est oublier que les animaux ultraspécialisés disparaissent dès lors que leurs conditions de vie changent. Et aujourd’hui, le changement est constant. On laisse donc le soin aux entreprises de former et tailler les travailleurs selon des besoins en constante évolution. C’est là un modèle éducatif qui se conforme aux exigences de l’Union européenne, traduites dans son document stratégique « Éducation et Formation ». En effet, l’Europe libérale souhaite que l’enseignement soit adapté à un environnement économique hautement imprévisible et à un marché du travail avec une demande en qualification peu élevée. C’est pourquoi ces travailleurs « non-qualifiés » doivent disposer de compétences très précises, qui sont révisées sans cesse par la formation en entreprise, ne leur garantissant de fait ni emploi ni salaire.

Ainsi, sous prétexte de « démocratisation », le projet néo-pédagogue associé au projet néo-libéral a enterré l’enseignement de la culture, qui permettait jadis l’ascension sociale, pour produire à la place une pauvreté intellectuelle si massive que l’école française se propulse aujourd’hui au rang peu glorieux d’école la plus inégalitaire au sein des pays de l’OCDE. Au même moment, l’INSEE annonce que la part des employés non qualifiés continue de croitre d’année en année.

« 90% des emplois de demain seront peu qualifiés. Il ne faut pas pour ces emplois des gens trop éduqués ». Il s’agit de la réponse qu’obtint le docteur en neurosciences, Michel Desmurget, après avoir souligné les méfaits du numérique, confirmés par les études PISA dans le cadre de l’OCDE, auprès d’une personnalité politique. À l’instar de Jean-Paul Brighelli qui relevait une suspecte numérisation de l’école dans son ouvrage de 2005, Michel Desmurget a définitivement sonné l’alarme sur les lourdes conséquences de la révolution numérique dans sa Fabrique du Crétin Digital.

 

« 90% des emplois de demain seront peu qualifiés. Il ne faut pas pour ces emplois des gens trop éduqués »

 

Les écrans : un fléau pour le cerveau. Langage, mémorisation, attention, dépression, agressivité, obésité, conduites à risque, entrave au développement cérébral… La liste des champs touchés par la consommation numérique sous toutes ses formes – télévision, smartphones, jeux vidéo – paraît sans fin.

Synthétisant la masse des études scientifiques internationales sur les effets réels des écrans, Michel Desmurget démonte minutieusement le mythe de l’évangile numérique prêché par divers relais médiatiques prétendument qualifiés, qu’ils soient politiques, journalistes, universitaires, médecins, lobbyistes ou psychologues. Ce mythe selon lequel l’avènement du numérique est une bénédiction quasi-divine pour les enfants, faisant d’eux soi-disant la génération la plus intelligente de tous les temps, repose sur un manque criant de rigueur scientifique, de neutralité et même parfois d’honnêteté de la part de ces experts autoproclamés. En effet, le docteur en neurosciences rappelle qu’il n’existe à ce jour aucune preuve dans la littérature scientifique permettant d’étayer ces affirmations, qui reposent souvent sur des études boiteuses et d’habiles stratégies de désinformation.
Au contraire, toutes les études sérieuses convergent dans la direction opposée : plus les enfants passent de temps en compagnie de leur doudou numérique, plus les résultats scolaires fléchissent. Même l’OCDE rapporte dans une étude que d’importants investissements dans le numérique n’apportèrent pas la preuve qu’un usage accru des ordinateurs conduit les élèves à de meilleurs résultats. Le constat est tout autre : les pays en ayant le moins introduit à l’école ont progressé plus vite, en moyenne, que les autres.

Pourtant, en dépit de la toxicité des écrans pour l’ensemble des piliers constitutifs de l’être humain, que ce soit le cognitif, l’émotionnel, le social ou le sanitaire, la consommation numérique annuelle d’un élève de maternelle est supérieure au volume horaire d’une année scolaire, un niveau qui atteint l’équivalent horaire de 2,5 années scolaires pour un lycéen du secondaire. Le scientifique estime que cette démence digitale est la plus grande expérience de décérébration jamais conduite dans l’histoire de l’humanité. Mais au lieu de parler de l’impact que seulement 30 à 60 minutes d’exposition peut avoir sur le développement intellectuel de l’enfant ou ses résultats scolaires, la machine médiatique préfèrera focaliser sur l’heureux écolier qui utilise une application de messagerie pour donner des nouvelles à ses grands-parents.

 

« La consommation numérique annuelle d’un élève de maternelle est supérieure au volume horaire d’une année scolaire »

 

Victor Hugo disait : « Quand le peuple sera intelligent, alors seulement le peuple sera souverain ». Mais c’était sans compter les besoins grandissants du marché de l’emploi non qualifié et ceux d’une idéologie de déconstructionnisme culturel instillée par la gauche, désormais enseignée au travers des thèses post-colonialistes depuis la primaire jusqu’à l’université, en remplacement du savoir et de la culture française. Pour asservir et abêtir, il devient alors essentiel d’empêcher de savoir comment penser, lire, écrire. C’est donc au service d’impératifs économiques et idéologiques que l’école et le digital se dévouent au projet de la fabrique du crétin.

 

Jean-Marie,
étudiant en Bac+4 à l’ISSEP
publié sur L’Incorrect