5 questions à Michel Marmin

5 questions à Michel Marmin

5 questions à Michel Marmin

– Vous êtes connu pour votre engagement métapolitique. Vous avez fondé le GRECE, vous êtes journaliste pour Éléments, essayiste, écrivain, vous vous intéressez à la religion, à la musique et au cinéma, entre autres. Vous êtes aussi poète, votre premier recueil de poésie, Chemins d’ailleurs et de Damas est paru en 2000 aux éditions L’Âge d’Homme. Le second, Chemins de Damas et d’ailleurs, aux éditions Auda Isarn sera publié 18 ans plus tard, en 2018.


Pourquoi avoir attendu 18 ans pour publier ce second recueil, et quelle place tient la poésie dans l’ensemble de votre œuvre ?

– Petites rectifications pour commencer ! Je n’ai pas fondé le GRECE, puisque je ne l’ai rejoint qu’en 1971, alors qu’il existait depuis 1968. En revanche, j’ai été en effet longtemps l’un des principaux collaborateurs d’Éléments, où j’ai écrit dès le premier numéro de la formule actuelle, en 1973. Seconde rectification : entre les deux recueils de poésie que vous citez, il y en a un troisième, La Pêche au brochet en Mai 68 (2008). Je n’ai donc pas tant attendu, d’autant que j’ai aussi publié trois ou quatre minuscules plaquettes comportant chacune un seul poème de quelques vers, et tirée à une vingtaine d’exemplaires…

Si je suis relativement peu prolixe et si je m’en suis toujours tenu aux formes courtes et même très courtes (souvent à raison de trois vers seulement), c’est que la poésie est pour moi une quête du Graal et que le Graal, je ne puis l’atteindre que dans des régions si élevées que l’asphyxie m’y menace, d’où ce souffle court qui, peut-être, me caractérise… Je voyage en poésie sans bouteille d’oxygène sur le dos ! Mais n’y voyez nulle vanité de ma part : j’aimerais tellement avoir la puissance, l’énergie et la fécondité d’un Hugo ou d’un Péguy…
Pour être parcimonieuse et confidentielle, ma poésie n’en occupe pas moins une place cardinale dans l’ensemble de mes travaux, tous plus ou moins subalternes.

 

– Quelle est votre définition de la poésie et quelle place accordez-vous au sacré ?

– Selon moi, la poésie a tout simplement partie liée avec le sacré. Sans entrer dans un développement philosophique qui excéderait les possibilités de cet entretien, sans m’abriter derrière Aristote et Heidegger, je dirais que la poésie à laquelle je vise consiste à métamorphoser une impression, un songe, un souvenir ou une pensée en épiphanie, c’est-à-dire à extraire l’essence immarcescible des choses de leur existence éphémère, à exprimer le divin là où l’on ne croit pas forcément le trouver : une petite fleur de caniveau peut ainsi accéder à la dignité du mythe ! Mais pour que cette illumination, cette révélation, se traduise en création, il faut un outil : personnellement je n’en ai pas trouvé de plus adéquat que le vieil alexandrin français, outil rituel par excellence, mais l’octosyllabe, plus familier, n’est pas mal non plus !

 

– Quels conseils de lectures plus ou moins récentes pourriez-vous avoir pour un jeune lecteur qui souhaite s’initier à la poésie ?

– La poésie a aussi partie liée avec la musique, elle est du reste elle-même une musique, ce que Hugo avait parfaitement compris quand il éconduisait les compositeurs en disant « pas de musique sur mes vers ». Mais il ne faut pas le prendre au pied de la lettre… La poésie se chante très bien en musique, y compris celle de Hugo ! Une bonne initiation à la poésie consisterait alors à commencer par l’entendre : écouter Villon, Hugo ou Verlaine chantés par Georges Brassens peut constituer un sésame et déclencher une folle envie d’aller plus loin, par exemple avec l’immense Aragon ou le merveilleux Maurice Fombeure, et tant d’autres que je ne vais évidemment pas citer ici. Mais, comme au Moyen Âge, il faut sans doute commencer par la poésie que l’on peut aisément apprendre par cœur et que l’on a plaisir à se réciter (ou à se chanter) mentalement – chez le dentiste par exemple !

 

– Le relativisme de nos sociétés post-modernes semble vouloir faire accepter toute prétention artistique comme de l’art. Quelle serait votre définition de l’art ?

– Dans Chemins qui ne mènent nulle part, Martin Heidegger écrit : « L’essence de l’art, c’est le Poème. L’essence du Poème, c’est l’instauration de la vérité. » Comme l’explique très bien Sandrine Guignard, le philosophe allemand se fonde sur le terme grec d’aléthéia, qui signifie le dévoilement, le lever du voile qui masque l’essence des choses – la vérité, donc, par opposition au mensonge des apparences (cf. la-philosophie.com). Le grand poète allemand Friedrich Hölderlin disait à peu près la même chose plus d’un siècle auparavant : « Ce qui demeure, les poètes le fondent. » Les adeptes de l’« art contemporain » ne sont pas près d’y parvenir…

 

– Vous avez publié plusieurs ouvrages sur de grands hommes français comme Victor Hugo ou Napoléon, dans un contexte où l’on semble vouloir les oublier. Pourquoi ? Quel est l’intérêt de cette démarche ?

– Pourquoi ? Parce que les exemples valent mieux que les leçons ! Et, si vous voulez une réponse plus personnelle, parce que j’ai appris le français avec Victor Hugo et la patrie avec Napoléon. Et que, dans mon enfance, je jouais à un jeu des Sept Familles appelé « Les Grands Hommes de France », édité par Nathan, que j’ai eu le bonheur de retrouver récemment sur eBay. Je le léguerai à mes arrière-petits-enfants afin que tout ne soit pas perdu ! Et, comme l’a montré Hegel, les grands hommes, comme les poètes, font advenir l’esprit du monde. D’où Napoléon, d’où Hugo ! Je suis fier d’avoir contribué à en perpétuer le culte.

 

Pierre et Florian,
étudiants en BAC+4 à l’ISSEP

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