7 questions à Jacques de Guillebon

7 questions à Jacques de Guillebon

7 questions à Jacques de Guillebon

[vc_row css= ».vc_custom_1570787080367{padding-right: 20px !important;padding-left: 20px !important;} »][vc_column][thim-heading title= »7 questions à Jacques de Guillebon » title_uppercase= »true » textcolor= »#000000″ size= »h2″ sub_heading= »Directeur de la rédaction de l’Incorrect, essayiste et co-président du conseil scientifique de l’ISSEP » sub_heading_color= »#b89e67″ clone_title= » » line= »true » bg_line= »#b89e67″ text_align= »text-center »][vc_column_text]– Vous avez contribué, comme journaliste, éditorialiste ou rédacteur en chef, à de nombreuses publications de la presse française. Quel regard portez-vous sur cette presse et sur son avenir ?

– Contrairement à ce que l’on pourrait penser, j’ai vu plutôt, en près de vingt ans de métier, cette presse, la presse écrite française, s’améliorer et gagner en audace autant qu’en profondeur. Certainement la concurrence numérique, des réseaux sociaux et des chaînes en continu aura joué et fait sentir par son aiguillon à cette presse qu’elle disparaîtrait si elle ne s’améliorait. Mais enfin, c’est surtout au plan des idées que les choses se sont jouées. Il y a vingt ans, il fallait piger à Marianne ou au Figaro Magazine pour essayer de glisser un petit regard critique sur ce monde néolibéral tel qu’il allait – et encore on était régulièrement censuré. Depuis, le couvercle idéologique a été brisé, et pour parler immodestement de publications auxquelles j’ai contribué, des revues ou magazines comme La Nef, Causeur, L’Homme nouveau, même Limite, ou sur le plan des « pureplayers » comme ils disent, Atlantico par exemple, ont gagné une liberté de ton, qu’ils ont su imposer quelque peu dans l’espace public, et ont permis au lecteur de respirer. En matière de journaux catholiques, on remarquera que si La Croix demeure grotesquement de gauche, La Vie a pris son envol vers une liberté de pensée qu’elle ignorait auparavant ; l’arrivée d’une France catholique revisitée est aussi une très bonne nouvelle. Pour les journaux plus généralistes, même s’il reste encore frileux, Le Figaro de 2019 est cent fois plus courageux que celui de 1999. Et la résistance de Valeurs actuelles est aussi à saluer. Bref, le paysage a été rendu plus complexe, et les plateaux télé qui terrorisent les bien-pensants, où n’interviennent plus seulement leurs amis de gauche, ne sont que le résultat différé de cette offensive de long terme de la presse écrite.

– Au cours de votre parcours, vous avez été, un temps, éditorialiste au sein de la rédaction de Témoignage chrétien. Quel témoignage proposeriez-vous sur cette revue née à Lyon dans l’élan patriotique de la Résistance mais qui a rapidement pris des positions équivoques, et peu scrupuleuses de leurs effets, pendant les guerres d’Indochine et d’Algérie ?

– C’est un naufrage. Lorsque le cher Jérôme Anciberro, alors rédacteur en chef, m’y avait convié, avant de devoir m’exclure sous la pression des partisans du mariage gay, il m’avait appris cette chose merveilleuse qu’il était le dernier catholique de toute la rédaction. Ceci se passe de commentaire.

– Quelles sont les motivations qui vous ont conduit à fonder, en 2017, le mensuel L’Incorrect dont vous êtes directeur de la rédaction ?

– D’abord un vieux rêve, lancer son propre magazine, entouré de journalistes talentueux et amicaux, pouvoir choisir librement sa ligne. Le moyen nous en a été donné par Laurent Meeschaert, directeur de la publication et principal actionnaire. Ensuite, ajouter un nouvel instrument à la petite musique « de droite » ou en tout cas non alignée qui permettra peut-être un jour, qui sait, de mettre le feu à ce monde. Enfin et surtout contester directement l’hégémonie de la post-gauche culturelle, pour prendre sa place à la fin.

– Cette revue occupe-t-elle aujourd’hui une place équivalente, en termes de lecteurs, à celle qui était prise, sur le marché de la presse, par le mensuel Le Spectacle du Monde ?

Le Spectacle du Monde était un vieux monsieur respectable, doté de puissants moyens financiers que nous ne possédons pas, pour l’instant. Aussi prétendre prendre sa place en deux ans serait particulièrement présomptueux. Reste que le modèle est beau et admirable, même si nous avons, je crois, un ton moins « bourgeois ».

– Vous êtes également, depuis 2018, co-président du conseil scientifique de l’ISSEP. Quel premier bilan tirez-vous de ces deux projets (L’Incorrect et l’ISSEP), et quelles perspectives contribuent-ils à dessiner ?

– Ces deux projets nous confortent dans l’intuition qu’il existe une merveilleuse jeunesse française (le lectorat de L’Incorrect va de 20 à 45 ans, majoritairement), qui n’attend que d’allumer la mèche. Une jeunesse intelligente, cultivée, bien élevée mais pas trop, puisqu’elle sait aussi renverser la table, une jeunesse qui mérite qu’on lui offre autre chose que Quotidien, France Inter, Les Inrocks ou l’intersectionnalité de Sciences Po.

– Le conservatisme est aujourd’hui en plein essor, et par vos différentes contributions vous semblez chercher à défendre et propager vos convictions. Comment les conservateurs peuvent-ils s’organiser pour défendre leurs idées ? Sur quel terrain se joue désormais le combat politique ?

– Il se tient selon nous dans le rassemblement des droites, délivré de la fascination pour la gauche dominatrice. Des droites en tant qu’elles sont le vecteur de la transmission, de la culture, de l’amour de la France et de la civilisation occidentale en général, tranquillement, sans armes, ni haine, ni violence.

– Vous avez publié en 2015 avec Falk van Gaver le livre Anarchrist, Une histoire de l’anarchisme chrétien. Qu’entendez-vous précisément par « anarchrisme » ? Est-ce selon vous un devoir moral pour les Chrétiens d’aller à l’encontre d’un ordre qui n’en est plus un ?

– Le message évangélique est essentiellement celui de l’amour de Dieu en tant que libération de toutes les idées que nous refabriquons chaque matin sans s’en apercevoir. Idoles intérieures bien entendu, et d’abord celles de l’adoration de soi, celles de la concupiscence et de l’amour immodéré des choses matérielles. Mais aussi idoles extérieures, celles de l’argent et de l’État, celles de la puissance terrestre. C’est cela que nous avons baptisé anarchrisme, la critique permanente des deux faces de la modernité, le marché et la puissance séculière sans frein.[/vc_column_text][vc_separator color= »custom » el_width= »10″ accent_color= »#b89e67″][vc_column_text]

Victor et Michel,
étudiants en BAC+5 à l’ISSEP

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]