Pour l’honneur et en mémoire du général Loustaunau-Lacau

Pour l’honneur et en mémoire du général Loustaunau-Lacau

Tribune des étudiants de magistère de l’ISSEP dans Valeurs Actuelles.

Une promotion de l’Institut de Sciences sociales, économiques et politiques fondé par Marion Maréchal a voulu rendre hommage aux résistants de 1940.

Pour l’honneur et en mémoire du général Loustaunau-Lacau

Une accusation fallacieuse d’antisémitisme de la personnalité choisie a amené le gouvernement à décider, fait inédit, de débaptiser une promotion de Saint-Cyr. Pour honorer la mémoire, bafouée, de ce militaire, son nom a été adopté pour leur promotion par des étudiants de l’ISSEP.

 

Le général Georges Loustaunau-Lacau combattit pendant la Grande Guerre puis durant la bataille de France en 1940. Résistant antihitlérien de la première heure, acteur de réseaux de renseigne­ments, à la fois antinazi et antistalinien, il fut livré à la Gestapo par Vichy en 1943 et interrogé 54 fois par la SS avant d’être déporté à Mauthausen. Ce combattant, fait commandeur de la Légion d’honneur en 1952 et promu général en 1955, fut choisi comme parrain de la 203e promotion de l’école militaire de Saint-Cyr Coët­quidan en 2016. Ce mois de novembre 2018, l’armée et son ministère indiquent vouloir débaptiser le nom de cette promotion. Cette décision sans précédent, reflet affligeant d’une époque où l’on s’acharne à juger, dans le confort feutré des salons parisiens, les héros du passé, jette l’opprobre sur une des plus hautes figures de la Résistance française et la condamne à l’oubli.
Pour exécuter cette décision, le président de la Répu­blique, en tant que chef des armées, mais aussi le Pre­mier ministre et la ministre des Armées, tous trois issus de l’École nationale d’administration (ENA), ont laissé le chef d’état-major des armées et celui de l’armée de terre aller à Canossa. Ils s’apprêtent donc à désavouer publi­quement le nom de promotion choisi par ces élèves. Si l’on entend les injonctions du pouvoir, ces jeunes élèves officiers auraient été plus inspirés de prendre exemple sur le choix formulé par la promotion 2017 de l’ENA : Louise Weiss, pacifiste de l’entre-deux-guerres, militante achar­née du rapprochement franco-allemand et de la construc­tion européenne. Un CV qui a tout pour plaire aux censeurs de notre temps. La pacifiste Louise Weiss et le nationa­liste Loustaunau-Lacau ne vécurent pas la même Seconde Guerre mondiale : elle s’acheva à Sigmaringen pour l’une et à Mauthausen pour l’autre. La vie de château et ses mondanités auprès de l’ultime carré des ultra-collabora­tionnistes pour Louise Weiss, à mettre en regard du camp de niveau III, destiné à l’élimination par le travail des résistants des pays occupés, pour Loustaunau-Lacau.
Destins croisés dont le contraste illustre un paradoxe dont nos contemporains devraient tirer une leçon : comme l’a démontré l’historien Simon Epstein dans Un paradoxe français, les pacifistes, européistes et artisans du rappro­chement franco-allemand, souvent de gauche, ont pu rejoindre les milieux collaborationnistes en 1940, pen­dant que les nationalistes, qualifiés aujourd’hui « d’ex­trême droite », fournissaient abondamment les rangs de la Résistance face à l’envahisseur allemand. Une réalité qui déplaît fortement à ceux qui utilisent l’histoire à des fins politiques en vue de retracer les frontières du camp du bien, auquel ils appartiennent forcément, et du camp du mal auquel appartiendraient leurs adversaires.
Le mobile est établi : le général Loustaunau-Lacau est anticommuniste. Il a dénoncé le péril communiste avant et après la Seconde Guerre mondiale avec la même éner­gie qu’il a mise à combattre le totalitarisme nazi. Pour nos modernes censeurs, l’équivalence posée entre com­munisme et nazisme serait inacceptable et il ne serait pas tolérable que Loustaunau-Lacau puisse être honoré publiquement par une école aussi prestigieuse que Saint-Cyr. Ce raisonnement étant difficilement avouable trente ans après la chute du communisme en Europe, il restait à identifier le moyen de le priver des derniers honneurs : l’accusation d’antisémitisme. Il fallait trouver chez ce résistant, issu des milieux liés à l’Action française comme beaucoup de résistants de la première heure, quelques écrits qui puissent lui être reprochés. Qu’importe que les actes qu’il accomplit au service de son pays démentent toute complicité avec l’antisémitisme nazi ; qu’importe qu’il ait livré, dans son ouvrage « Chien maudits », au sujet de ses compagnons d’infortune juifs hongrois internés au camp de concentration de Mauthausen, un témoi­gnage dont le ton révèle une compassion qui ne laisse pas de doute sur la distance prise par Loustaunau-Lacau avec la part d’antijudaïsme dont le nationalisme maur­rassien avait indéniablement été porteur avant 1939; qu’importe enfin que Marie-Madeleine Fourcade, amie et successeur de Loustaunau-Lacau à la tête du réseau Alliance après sa déportation, ait figuré après-guerre parmi les adhérents de la Licra.
L’acte d’accusation est une lettre à l’authenticité dou­teuse, exhumée, paraît-il, des archives de l’armée alle­mande et dont l’exploitation hâtive s’est affranchie de toute étude du contexte: en 1940, les anciens militaires du deuxième bureau intoxi­quaient les Allemands, par différentes manœuvres visant à les tromper sur leurs intentions, pour enserrer par des réseaux clandestins de Résistance le gouverne­ment de Vichy et infiltrer les cercles des collaborationnistes. Le tout dans l’es­prit du serment de Bon-Encontre où ils avaient résolu de reconstituer leurs réseaux pour lutter contre l’emprise de l’occupant.
La flamme de la Résistance ne pouvant s’éteindre, pour l’honneur de ce général et de tous les résistants de 1940, la première promotion de l’Institut de sciences sociales, économiques et politiques (lSSEP) a donc décidé de reprendre Loustaunau-Lacau pour parrain.

Vous avez aimé ? Partagez l'article sur vos réseaux sociaux ↓