Le vieux monde, vraiment ?

Le vieux monde, vraiment ?

Pascale Tournier
Le vieux monde est de retour. Enquête sur les nouveaux conservateurs
Stock, 2018, 280 pages, 19 €

 

Un renouveau s’opère à droite. Pascale Tournier, rédactrice en chef adjointe au magazine La Vie, l’a bien compris. Elle dresse un portrait de cette génération jeune, en quête de repères et attachée à son histoire. La pensée politique des supposés « nouveaux conservateurs » s’affirme et confronte des sensibilités, des priorités et des interrogations diverses. L’auteur insiste sur le rôle des différents mouvements et associations, ainsi que sur la porosité des milieux et, en ce qui concerne les idées, sur des divergences doctrinales ou intellectuelles. Des thèmes cruciaux comme le libéralisme par exemple sont loin de faire l’unanimité. Déterminés à abolir les dérives délétères du progressisme idéologique, il leur faut s’organiser, être au centre de l’attention tout en nourrissant leur vie intellectuelle, et sans doute s’unir autour d’une même personnalité.
Le livre présente l’intérêt de décrire les forces en présence et les stratégies, mais la réalité est certainement plus complexe, et le conservatisme attire surtout par les valeurs qu’il défend. Ce « vieux monde » est en effet porté par des jeunes convaincus et il est intéressant de constater que cette volonté d’un retour à un ordre n’est pas un réflexe passéiste, mais bel et bien un choix réfléchi, car s’ils rejettent le modèle libéral-libertaire qui a lourdement affecté la société, ces « nouveaux conservateurs » sont davantage encore déterminés à affirmer qu’il y a bien une culture française. Ils enracinent leur pensée autour de la famille, la nation, l’écologie, la bioéthique et souvent la foi chrétienne. Ce monde, ainsi que l’écrivait Chateaubriand à propos de son journal Le Conservateur, « n’a point vieilli, parce que les idées qu’il renferme sont de tous les temps ». N’en déplaise à l’auteur de l’essai, il ne serait pas étonnant que ce « vieux monde » enfante de l’avenir, et que le conservatisme redevienne une idée neuve en Europe.

V.L,
étudiant de l’ISSEP