Critique littéraire : Quand une juridiction fait de la politique

Critique littéraire : Quand une juridiction fait de la politique

Antoine Boulant
Le Tribunal révolutionnaire. Punir les ennemis du peuple, Edition Perrin, 2018, 253 pages, 23€

 

Entre 1793 et 1795, sous le régime de la Terreur, le Tribunal révolutionnaire a envoyé à la mort plus de 2500 personnes, supposées être des ennemis de la Révolution.
Antoine Boulant est un historien, spécialiste de la Révolution et de l’Empire. Il publie Le Tribunal révolutionnaire, ouvrage que l’on peut lire comme une chronique : l’auteur adopte une rédaction linéaire fidèle à la chronologie des évènements qui se sont déroulés d’avril 1793 à juin 1795. Il donne à lire un récit des diverses modifications apportées par décret au tribunal d’exception créé par la Convention en 1793 et des affaires qu’il traita. Le but était de punir les ennemis de la « jeune république ». Le travail d’Antoine Boulant ne se résume pas pour autant à un simple récit dans la mesure où il étudie cette étonnante juridiction d’un point de vue plus philosophique ou juridique qu’historique, afin de suggérer au lecteur la subordination de ce tribunal au pouvoir politique. Le récit toutefois parle de lui-même, mettant en scène la tragédie liberticide et arbitraire à laquelle a abouti une telle confusion entre les pouvoirs politique et juridictionnel.
Les travaux d’Antoine Boulant dont ce livre est le fruit se fondent sur une recherche large et approfondie, dont les sources bibliographiques sont citées par l’auteur en 26 pages en fin d’ouvrage. Si l’essai s’avère parfois difficile à suivre en raison du nombre incalculable de rebondissements et de protagonistes, il constitue un travail sérieux et solide qui démontre que « la justice révolutionnaire est évidemment révolutionnaire avant d’être juste ».

Grégoire Marnel,
étudiant de l’ISSEP
L’INCORRECT