Article des étudiants : Zygmunt Bauman, par Antoine Augier, étudiant en Bac+4 à l'ISSEP

Article d’Histoire des idées politiques : Zygmunt Bauman

Article d’Histoire des idées politiques : Zygmunt Bauman

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Zygmunt Bauman
Article d’Histoire des idées politiques,
par les étudiants de l’ISSEP

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Zygmunt Bauman, critique de la pensée liquide

 

La liquidité. C’est le mot qui résume son œuvre, sa pensée et, plus encore, sa vie.

Trois Bauman, Trois pensées se sont succédées ou plutôt « successivement assassinées » chez cet auteur. Le premier Bauman c’est le juif polonais qui fuit devant l’avancée allemande et s’engage dans les armées soviétiques. Il épouse alors les thèses marxistes, expression et véhicule de la modernité au même titre que le capitalisme.

Après la seconde guerre mondiale, revenu en Pologne le second Bauman se révèle peu à peu en développant une analyse de plus en plus hétérodoxe du marxisme qu’il cherche à perfectionner. Cette analyse critique du modèle soviétique le pousse à émigrer (ou à « être émigrer ») en 1968 en Israël puis en Grande-Bretagne puisqu’il se met à développer une critique humaniste du marxisme orthodoxe. A partir de la publication de Modernity and Ambivalence puis de La décadence des intellectuels et de Modernité et Holocauste, il s’affirme comme un théoricien post-moderne en mettant en place une critique radicale de la modernité.

Enfin le dernier Bauman fini par appliquer son prisme d’analyse critique sur la post-modernité elle-même avec des ouvrages comme La Vie liquide, S’acheter une vie ou encore Les enfants de la société liquide. Chacune de ses prises de position semble se nourrir de la précédente pour mieux la déconstruire et la rejeter.

Qu’est-ce que la « liquidité » Baumanienne ?

L’auteur ne la définit pas. Ou du moins il ne la définit pas seule. Il ne conçoit pas ce caractère liquide comme un nom mais comme un adjectif qu’il appose aux sujets qu’il étudie. L’amour « liquide », la vie « liquide » la modernité « liquide » le monde qui l’entoure a pour lui les attributs de cette liquidité qui par nature rendrait éphémère et aléatoire tout ce qu’elle touche. La société moderne liquide est selon ses propres termes « celle où les conditions dans lesquelles ses membres agissent changent en moins de temps qu’il n’en faut aux modes d’action pour se figer », « en un instant, les atouts se changent en handicaps et les aptitudes en infirmités. ».

Modernité « solide » et modernité « liquide »

Bauman met en lumière une continuité entre la modernité « solide » et la nouvelle modernité dite « liquide ». La modernité solide, structure originelle de la modernité, avait pour objectif affiché de tout maîtriser, de planifier, d’ordonner le réel par le biais de l’Etat et de sa toute-puissance. Selon lui elle prend son envol lors de la chute de Lisbonne et de la conception providentialiste du monde sous les coups de butoir du tremblement de 1755. La Foi est remplacée par la croyance que : « Le management humain créerait une société si parfaite que tout changement ne pourrait que la dégrader et la conduire au pire.». Cette modernité « solide » qu’il a contribué à abattre était porteuse d’un projet rationalisateur visant à éliminer le hasard et donc les « imperfections » du monde moderne. Dans son ouvrage, Modernité et holocauste, il démontre que le système d’extermination national-socialiste est l’expression logique de la modernité découlant de la philosophie des Lumières qui confia au Léviathan de Hobbes la totalité des modalités de régulation et d’organisation de toute forme de vie sociale. Pour lui la modernité « solide » avait un caractère totalitaire et totalisant puisque son rôle était de « séparer et isoler les éléments utiles, destinés à vivre et à prospérer, des substances nocives et pathologiques qui, elles, doivent absolument être éliminées », rejoignant ainsi les thèses d’Hannah Arendt sur la banalité du mal. Il pose le constat de l’échec de la modernité « solide » et la tentative avortée de dépassement de cet échec que constitue la « post-modernité ». Il définit comme « la modernité moins l’illusion », illusion de la promesse moderne d’un état stable, régulé et ordonné. La post-modernité n’est pas alors le contraire de la modernité mais son développement poussé au maximum. Il parle d’ailleurs souvent de « modernité tardive » et non de « post-modernité ».

Liberté et sécurité forces centrifuges de la liquidité.

La modernité et la post-modernité semblent à ses yeux être intimement liées et déchirées par le dilemme Sécurité/Liberté déjà analysé par Freud (Le malaise de la civilisation). Bauman fustige ce mode de pensée : « Comme si la civilisation était un échange: vous abandonnez quelque chose et attendez de recevoir quelque chose d’autre. » tout en déplorant son existence. La modernité était un mouvement d’abdication de la liberté au profit de la sécurité promise par les Etats nations. La post-modernité en réaction aurait troqué à son tour la sécurité pour la liberté, ou du moins pour sa conception moderne. Cependant le mouvement de balancier revenant vers son point d’équilibre : « nous avons pendant un temps abandonné une part de sécurité pour élargir notre liberté […] ce besoin de sécurité fait un retour en force. »

Dans son livre, L’Amour liquide, qu’il publie en 2003, Zygmunt Bauman applique le concept de liquidité aux relations affectives. Il traite comme l’indique le sous-titre : « De la fragilité des liens entre les hommes ». Bauman voit le dilemme entre la liberté et la sécurité s’incarner parfaitement dans les relations amoureuses modernes. Pour lui la liquidité de l’amour moderne menace le couple dans la mesure où chaque partenaire peut à tout moment rompre la relation instaurant une insécurité majeure au sein du dit couple. Voulant sauvegarder leur liberté les partenaires ne s’engagent plus et la notion de « confiance » base de toute relation humaine se trouve ainsi sapée en ses fondements. C’est pour lui le produit de la « révolution sexuelle » incarnée par le mouvement de « mai 68 » en France. L’individu libéré de tout engagement se retrouve proprement individualisé, sans lien avec l’autre, même avec celui ou celle dont il partage l’intimité. Le conjoint se trouve écartelé entre la peur de devenir esclave de l’autre et la crainte insidieuse de perdre son amour. Néanmoins l’auteur observe un retour du « pendule » : il a « l’impression que les gens rêvent aujourd’hui de plus de sécurité que de liberté ».

L’individualité piège de la modernité.

C’est en tout cas ce que dénonce Bauman dans La vie liquide, monument de la critique de la post modernité. Elle serait selon lui le moteur et la fin de la société liquide : « être un individu signifie que «Je suis qui je suis ». » affirme-t-il en paraphrasant le récit Biblique. C’est bien ce qui le tourmente : la nécessité pour l’homme post-moderne de se « différencier ». « C’est cette compagnie dite « société » dont nous ne sommes qu’un membre parmi tant d’autres, Tous ces gens, là, connus ou inconnus de nous qui attend de nous […] que nous produisions la preuve convaincante que nous sommes un individu […] créé pour être « différents des autres ». ». Il remarque non sans quelque ironie fatiguée : « Quand il s’agit d’obéir à cette obligation de dissidence et de différence, personne n’oserait faire preuve de dissidence ou de différence. ».

Il explique ensuite les conséquences de cette recherche d’individualité qui participe de la société de consommation. Puisqu’il faut sans cesse être différent et que les moyens de cette différence sont les signes extérieurs que l’on montre d’elle, il est alors logique que le marché cherche à satisfaire le besoin des agents qui le composent. C’est le modèle consumériste de la modernité liquide. Les structures rigides et monotones des sociétés antérieures permettaient facilement à l’individu d’exprimer sa singularité par rapport aux autres en les transgressant. La destruction de ces normes et leur remplacement par celle de l’individualité renverse paradoxalement le paradigme. C’est l’effet de mode. « La lutte pour le caractère unique est aujourd’hui devenu le principal moteur de production et de consommation de masse. Pour enrôler cette soif de caractère unique au service d’un marché de la consommation de masse (et vice et versa), une économie de consommation doit aussi être une économie d’objets à vieillissement rapide […] par conséquent aussi celle des excédents et des déchets. ». Pour Bauman le consumérisme a inversé la hiérarchie des valeurs, il a « dégradé la durée et anobli l’éphémère ».

Le déchet, produit de la société moderne liquide.

Cette notion de déchet Bauman l’applique non seulement dans son sens commun d’externalité négative à la société de consommation traitant des problématiques d’écologie et de pollution, mais surtout aux êtres humains… Les migrants comme les « perdants de la mondialisation » de Christophe Guilluy sont les déchets humains de la globalisation. Il considère que : « Nous sommes tous désormais des Alice à qui Lewis Caroll donnait l’avertissement suivant : « Ici, vois-tu, on est obligé de courir tant qu’on peut pour rester au même endroit. Si on veut aller ailleurs, il faut courir au moins deux fois plus vite que ça ! ». Le sort de ceux qui « ne suivent pas et ne peuvent pas suivre » est d’être « la lie , les déchets et les rejets du libre échange global et du progrès social qui sédimente à un bout du spectre les joies de richesses inouïes, tout en déchargeant une pauvreté et une humiliation innommables à l’autre extrémité, non sans saupoudrer la partie intermédiaire de peurs et de prémonitions épouvantables ».

Une bouteille à la mer.

De par sa vie Zygmunt Bauman incarne véritablement la liquidité de la société « liquide » post-moderne. Critiquant la liquidité, il y est piégé. Il contemple les barreaux de la modernité, les crises d’angoisses, les peurs, les aspirations qu’ils génèrent mais reste muet, comme incapable d’y apporter une réponse : Il cite d’ailleurs lui-même Adorno : « Seule une pensée qui, sans restriction mentale, dépourvue de toute illusion quant à son royaume intérieur, reconnait son absence de fonction et son impuissance , entreverra peut-être un ordre du Possible[…] où les hommes et les choses seraient à leur vraie place. ». L’œuvre de Bauman ressemble d’ailleurs furieusement à l’allégorie de la « bouteille à la mer » de cet auteur : une critique de son monde et de son époque, de notre époque qu’il conclue par cet aveu d’impuissance: « Nous sentons, devinons, soupçonnons, ce qu’il faut faire. Mais nous ne pouvons connaitre l’aspect et la forme que cette action prendra au final ».[/vc_column_text][vc_separator color= »custom » border_width= »2″ el_width= »20″ accent_color= »#b89e67″][vc_column_text css= ».vc_custom_1560862566370{margin-right: 20px !important;margin-left: 20px !important;} »]

Antoine AUGIER,
étudiant à l’ISSEP

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