Article des étudiants : Pour un numérique clausus, article d'Olympe dans L'Incorrect

Article des étudiants | Pour un numérique clausus

Article des étudiants | Pour un numérique clausus

Le fantasme de l’homme transcendé par la machine est déjà ancien : pourtant la technique parvenue à son stade contemporain n’aide plus l’homme à se dépasser lui-même, mais plutôt à se débarrasser de lui-même.

 

Entrant dans le siècle du transhumanisme et de l’homme devenu machine, nous serions à l’aube d’une ère nouvelle, celle d’un sur-homme dépassant la matière concrète par la matière virtuelle. Ainsi le numérique « aide » l’homme à devenir le virtuel de lui-même, à s’envoler dans un monde d’idées, en évanescence au-dessus de la réalité. Alors que le numérique est partout, que la planète compte aujourd’hui autant de téléphones portables que d’hommes, il est devenu fondamental de se poser les bonnes questions : quels sont les impacts du numérique, non seulement sur la personne humaine mais également sur l’environnement ? D’aucuns voudraient « vivre avec leur temps ». Ne leur en déplaise, notre cerveau est vieux. La maladie ambiante du relativisme est un fléau qui empêche de voir la réalité en face : nous n’assistons pas à l’émergence d’une « nouvelle forme d’intelligence » mais à une « décérébration à grande échelle ». Par le terme de « décérébration », Michel Desmurget, chercheur en neurosciences, établit ainsi un diagnostic sur La fabrique du crétin digital. Ses analyses sont sans appel : « La première génération dont le QI sera inférieur à la précédente » du fait de l’omniprésence des écrans est là. Il ajoute encore, sur RMC : « Plus les enfants regardent d’écrans, plus le QI diminue » ; tous les aspects de leur vie et de leur croissance sont affectés : sommeil, langage, activité physique, dextérité, intelligence, concentration. Les enfants ont perdu une grande part de leur imagination et de leur ingéniosité. Est donc venu le temps d’un monde parallèle engendrant de surcroît l’hyper-activité et l’addiction. Le sensoriel et l’émotivité sont bouleversés tandis que le contact humain est littéralement balayé.

 

Drogués numériques de tous les pays, désunissez-vous !

Le verdict est tombé : avant 6 ans, l’enfant ne devrait avoir aucun contact avec les écrans. Ensuite, le cerveau supporte seulement 30 minutes d’écran par jour. Pourtant, ce sont toujours 30 précieuses minutes subtilisées à nombre d’activités vraiment enrichissantes. Le temps nous est volé, y compris aux adultes devenus produits d’internet, tout autant consommés par des machines que consommateurs. Jean Pouly, expert en économie numérique, évoque ainsi l’« économie de l’attention » ou « captologie » : les GAFA monétisent toutes nos données et notre attention. L’esclavage n’est donc pas aboli, il change de forme et l’ultra-libéralisme passe des menottes. D’autant que l’impact environnemental du numérique est un gouffre. D’après Frédéric Bordage, fondateur et directeur de GreenIT : « Un internaute par an, c’est 200 kilos de gaz à effet de serre, 3 000 litres d’eau et environ 350kwh d’énergie ». 3 000 litres d’eau, trois smartphones mais surtout plusieurs années de consommation individuelle. Étrange société où le savoir, qui est simple cumul, a supplanté la connaissance. Nous pensions dominer la technique, elle nous maîtrise. Nous croyions répandre le savoir, nous diffusons la crétinerie en forme de soma. À quand un numérique clausus contre la bêtise technologique ?

 

Olympe,

étudiante en Bac+5 à l’ISSEP
publiée dans L’Incorrect