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Article des étudiants | De la « France d’abord » à la « France seule »

Article des étudiants | De la « France d’abord » à la « France seule »

Ou comment l’Action française s’est opposée sans relâche au « germanisme » et au national-socialisme avant et pendant la Seconde Guerre mondiale ?
Article des étudiants de l’ISSEP

Il y a un presque un an, Françoise Nyssen, ministre de la Culture, cédait aux protestations des associations antiracistes en supprimant Charles Maurras des commémorations nationales. Si le chef de l’Action française continue d’en crisper certains, l’histoire de son engagement avec l’Action française reste mal connue, en particulier pendant la Seconde Guerre mondiale, qui lui vaudra une condamnation pour « intelligence avec l’ennemi », « haute trahison », réclusion criminelle à perpétuité et dégradation nationale.

Michel Grunewald, professeur à l’Université de Lorraine et spécialiste de civilisation allemande, tente dans ce nouvel ouvrage de retranscrire « ce qui s’est réellement passé » à cette période en rapportant la relation de Maurras et de ses compagnons à l’Allemagne et au nazisme.

Tirant profit de l’abondante littérature consacrée à l’action des maurrassiens, à la bibliographie des principaux d’entre eux ainsi qu’à ses travaux préliminaires, il dresse le portrait d’une Action française dont la pensée nationaliste, pragmatique et pacifiste combattra sans relâche la menace d’un « germanisme », perçu comme fondement idéologique du nationalisme allemand théorisé par Fichte. Le nazisme n’est à leurs yeux que l’accomplissement de cette vision fichtéenne et tout ce qui guide la politique d’Hitler résulte du fait qu’il est allemand, constitutif de l’héritage germanique. Cette obsession qui les suivra jusqu’au bout les incitera parfois à professer des mises en garde dont on ne peut a posteriori que reconnaître le caractère prophétique. Conscient de l’affaiblissement de la France, ils mirent en garde dès 1933, contre la perspective d’une « guerre de civilisation » voulue par Hitler.

Pour la « France d’abord », ils acceptent les accords de Munich et s’opposent jusqu’au dernier moment à la guerre contre le Troisième Reich. À l’armistice, ce sera désormais la « France seule ». Protégée par le Maréchal et la politique de collaboration qu’ils perçoivent comme une triste mais inévitable nécessité, la France devra s’inspirer des écrits de Fichte pour prendre le chemin de la Prusse après la bataille d’Iéna et retrouver, à travers un nationalisme français, son unité et sa grandeur. La « France seule », c’est la neutralité envers l’occupant et le refus de prendre position. C’est aussi une opposition très critique à Laval et aux collaborationnistes qui défendent un rapprochement avec l’Allemagne.

Au-delà du regard que porte l’Action française sur le National-socialisme, l’ouvrage retrace à travers l’analyse de ces auteurs l’évolution politique de la France et de l’Europe, des enjeux géopolitiques d’avant-guerre à l’influence grandissante des alliés durant le conflit et jusqu’à la libération.

 

Michel Grunewald
De la « France d’abord » à la « France seule », ou comment l’Action française s’est opposée sans relâche au « germanisme » et au national-socialisme avant et pendant la Seconde Guerre mondiale ?
Pierre-Guillaume de Roux, 2019
352 pages, 27 euros.

 

Kristen,
étudiant en Bac+4 à l’ISSEP
publié dans la Revue d’Histoire Européenne