Pourquoi les vainqueurs écrivent-ils l'histoire des vaincus ? : article de Loïc, étudiant à l'ISSEP

Pourquoi les vainqueurs écrivent-ils l’histoire des vaincus ?

Pourquoi les vainqueurs écrivent-ils l’histoire des vaincus ?

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Pourquoi les vainqueurs
écrivent-t-ils l’histoire des vaincus ?

LES VERTUS DE L’UCHRONIE

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L’uchronie est un genre littéraire relevant de la science-fiction, genre malheureusement sous-estimé par le grand public car jugé peu intellectuel. Il consiste à décrire le monde tel qu’il aurait été si l’histoire s’était passée autrement. Le terme « uchronie » ne doit pas être compris uniquement étymologiquement. En effet, le préfixe « U » chez les anglo-saxons suggère le retournement, le demi-tour, qui se traduit d’ailleurs « U-turn » en anglais.

Un engouement récent pour l’uchronie

The man in the high Castle, de Franck Spatnitz, sorti en 2015, est une série qui a eu un grand succès d’audience dès ses débuts. Elle parle de résistants dans un monde partagé par les nazis et les nippons, qui cherchent à renverser le cours des choses grâce à l’aide d’un mystérieux cinéaste. Elle est inspirée du livre éponyme de P. K. Dick, très bien accueilli en France dès 1970, alors que la science-fiction bénéficiait de peu d’estime aux Etats Unis, comme le confie l’auteur lors d’une interview au Festival du livre de science-fiction de Metz en 1977. Il expliquait que les Américains sont « anti-intellectuels » et qu’ils « n’aiment pas les livres qui défendent des idées ». P. K. Dick est un auteur culte en Europe, ce livre étant en particulier à l’origine de son succès.
Une autre uchronie, Fatherland, de Robert Harris est parue en 1992 et a également eu beaucoup de succès. Il s’agit d’une enquête policière au cœur de Berlin en 1962, qui mènera l’enquêteur jusqu’à des preuves très compromettantes au sujet de la solution finale.
Ces œuvres ont en commun qu’elles parlent d’un monde dominé par l’Allemagne nazie après 1960, à une époque où celle-ci était pourtant heureusement déjà vaincue.
Pourquoi de telles réécritures de l’histoire ont-elles tant de succès ?

L’uchronie : les raisons du succès

Si l’on interroge les lecteurs d’uchronies quant à l’intérêt qu’ils portent à ce genre littéraire, la même réponse revient souvent : cela donne un aperçu du but poursuivi par les vaincus, qui les a poussé à tels ou tels actes, telles ou telles décisions qui aujourd’hui constituent leur histoire. Cette réponse est peu surprenante dans la mesure où il y a effectivement de la part d’un auteur d’uchronie deux axes de travail. Un travail d’imagination de l’intrigue doublé d’un travail de recherche historique. On peut encore prolonger cette justification : les jeunes ont en général des connaissances assez précises mais éparses des projets spécifiques des nazis. Par exemple ils sont renseignés sur le génocide. Ils en savent beaucoup sur le plan d’urbanisme de Germania, projet de capitale du monde d’Adolf Hitler, ils se sont intéressés aux projets de recherche scientifique et militaire des nazis. Mais la cohérence de tous ces projets leur échappe. Les auteurs d’uchronie, en dessinant comme une réalité complète la triste société idéale dont rêvaient les nazis, donnent à voir cette cohérence, éclairant ainsi le lecteur stupéfait sur ce qui risquait d’advenir en cas de victoire militaire nazie. Cela a un effet très apprécié du lecteur, comparable à celui produit lorsqu’on a proposé une énigme à quelqu’un, qu’il n’en trouve pas la réponse et qu’on la lui révèle. Cette réponse était évidente et pourtant introuvable. La cohérence du projet nazi étant particulièrement difficile à concevoir pour un esprit humain, l’uchronie la révèle comme la réponse à une énigme.

Ce que l’uchronie dit de notre époque

L’uchronie suscite un certain enthousiasme chez le lecteur et le spectateur mais elle met également en exergue la tragédie qu’aurait pu être l’histoire si elle avait été différente, si on en changeait ne serait-ce qu’un seul évènement, comme par exemple si l’Allemagne nazie avait disposé de la bombe atomique avant les Etats Unis. Les auteurs d’uchronie ne prétendent pas que l’histoire est parfaite. Ils font seulement remarquer que le monde se porte mieux aujourd’hui que si les nazis avaient gagné la guerre. C’est un peu une réponse optimiste adressée à ceux qui déplorent l’état du monde. Franck Spatnitz ne s’en cache pas et déclarera même à Red Capet News en novembre 2015 : « C’est vraiment troublant d’imaginer à quel point les choses auraient pu être différentes si on avait perdu la guerre, et on peut se réjouir du monde dans lequel on vit aujourd’hui, et en déduire ce qui est réellement important maintenant. » Il précise peu après que ce qui est vraiment important est « ce que vous faites de votre humanité ». Robert Harris, à l’Open Week-end Festival the Guardian le 24 mars 2012, tenait déjà ce discours.

L’uchronie n’est pas un genre nouveau. Il est apparu au XIXème siècle. Toutefois, il se développe considérablement depuis la fin du XXème siècle. Dans une France où le divertissement et l’histoire sont des disciplines très appréciées, l’uchronie a définitivement une vertu principale. Elle propose à qui cherche à se divertir de faire d’une pierre deux coups en lui offrant par la fiction un recul souvent passionnant sur l’histoire. On constate que l’uchronie à même gagné le monde des jeux vidéo, alors qui sait ? Lire une uchronie pourrait bien déclencher une passion pour l’histoire chez nombre d’adolescents.[/vc_column_text][vc_separator color= »custom » border_width= »2″ el_width= »20″ accent_color= »#b89e67″][vc_column_text css= ».vc_custom_1555327627015{margin-right: 20px !important;margin-left: 20px !important;} »]

Loïc. G,
étudiant de l’ISSEP

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