Faites entrer l'accusé ! Critique littéraire de Raphael, étudiant à l'ISSEP

Critique littéraire : Faites entrer l’accusé !

Critique littéraire : Faites entrer l’accusé !

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Frédéric Le Moal
Histoire du fascisme,
éditions Perrin, 2018, 423 pages, 23€

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Le fascisme est le sujet le plus débattu et le moins bien connu du grand public, c’est aussi un outil de neutralisation de langage lorsqu’une pensée ne nous convient pas. Sortons du fanatisme du camp du Bien contre le fanatisme du camp du Mal, et étudions ce sujet complexe avec Frédéric Le Moal, docteur en histoire à Paris IV-Sorbonne, professeur au lycée militaire de Saint-Cyr et à l’institut Albert-le-Grand.

Les origines

Ce qu’il faut remarquer d’emblée, c’est que le fascisme italien du XXème siècle est idéologiquement, mais comme d’autres avec par exemple la révolution bolchevique de 1917 en Russie, l’enfant de la révolution des Lumières de 1789 en France, afin de créer un homme nouveau. Le fascisme est donc révolutionnaire par essence, faisant suite à des courants politiques maçonniques de la Charbonnerie du XIXème siècle. Le but de ces courants était, par le Risorgimento, d’accoucher après les guerres napoléoniennes d’une nation. Or contrairement au peuple français, le peuple italien n’était pas un peuple uni, voilà pourquoi le fascisme naquit en Italie et non en France.

Mussolinisme

Le fascisme avait deux composantes, la première révolutionnaire et la deuxième politique avec des idées d’extrême gauche venant du socialisme officiel prônant la réforme électorale, la représentation intégrale, l’expropriation des richesses, les conseils nationaux économiques et un syndicalisme national. Concernant la composante révolutionnaire, elle était composée des squadristes paramilitaires, dont les chefs étaient issus des luttes sociales d’extrême gauche d’avant la première guerre mondiale, prenant les armes contre une éthique et un système bourgeois dont les socialistes faisaient partie, marquant ainsi l’antagonisme de la gauche. Cette opposition doctrinale était très présente géographiquement, car déjà à cette époque, il existait des luttes sociales entre le centre et la périphérie des villes dans un climat insurrectionnel. Dans cette guerre civile larvée, Mussolini choisit un coup de barre à droite parce que cet antagonisme mit en danger l’unité du mouvement et du pays, un pays qui incarnait aussi le patriotisme suite à la première guerre mondiale. Le fascisme s’orienta par pragmatisme politique vers une idéologie libérale et conservatrice qui grâce au soutien de la bourgeoisie et de l’armée le mènerait au pouvoir. Mussolini jouait ici la carte parlementaire plutôt que révolutionnaire afin d’éviter un bain de sang, contrairement aux bolcheviques, sans se douter que les squadristes seraient tantôt une épine dans son pied qui nuirait à l’image de normalisation politique du fascisme, ou tantôt un avantage pour la lutte armée des mouvements d’opposition politique.

Le Duce

Les deux lignes politiques du parti fasciste s’affrontèrent à la réunion du IIIème congrès des Faisceaux de combat en Novembre 1921 à Rome, où tant Mussolini à droite, que son adversaire Grandi à gauche, convergeaient sur la nécessité de disposer d’un parti permettant d’alterner engagement parlementaire du socialisme national et action révolutionnaire du maximalisme socialiste. Mussolini fit coup double, d’abord pour domestiquer cet esprit révolutionnaire à ses fins, et ensuite en faisant de Grandi son subalterne par l’intégration des squadristes, et donc de son chef, dans les institutions du parti. De plus, dans ce bouillonnement politique interne et externe, Mussolini était toujours tiraillé sur l’utilisation du parti fasciste afin de prendre le pouvoir, soit par les élections, soit par le coup de force. Ceci dans le but de substituer l’état fasciste mourant à l’état libéral. En réalité, la prise du pouvoir se réalisa en grande partie sur le terrain des intrigues politiques, comme par exemple le jour où Mussolini rencontra Raul Palermi, le grand maître franc-maçon de la Grande Loge d’Italie qui lui apporta un soutien tout sauf négligeable mobilisant ses réseaux militaires ainsi que le Roi Victor-Emmanuel III lui-même. Tout cela sur un fond d’action squadristes violentes dont il ne faut pas non plus minimiser l’importance. Malgré toutes les péripéties des évènements d’Octobre noir, un gouvernement dirigé par Mussolini émergea en 1922.

L’exercice du pouvoir

Le Duce était pris entre son aile révolutionnaire et son aile parlementaire, il navigua tant bien que mal, afin de normaliser le fascisme politique comme alternative à l’ordre mondial existant. Cet équilibre instable de jonglage politicien déboucha sur la dictature, l’élimination programmée des opposants et l’état totalitaire qui remplaça l’état fasciste. Puisque à ce moment-là, la branche révolutionnaire n’a eu que l’illusion de la victoire : c’est le maitre du temps Mussolini qui imposait toujours sa feuille de route politique. L’état totalitaire en 1924 lutta contre la mafia, puis contre la franc-maçonnerie liée au système libéral et qui devait être liquidée dans l’état totalitaire. Rien d’étonnant d’avoir vu en réaction une congruence de lutte entre la mafia et la maçonnerie par la suite. Ce fut ensuite le tour des squadristes en 1925, lorsque le Duce fit voter un ordre du jour au Grand Conseil pour condamner l’action des squadristes, pour que rien ne barre la route de la normalisation politique dans les institutions parlementaires. Le Duce s’investit ensuite dans l’économie au service de l’état, et dans le problème de la dénatalité démographique en s’intéressant – comme d’ailleurs le comte autrichien Coudenhove-Kalergi père fondateur de la construction européenne s’intéressait lui aussi à la même époque- aux thèses d’Oswald Spengler.

Spiritualité

Le journaliste maximaliste socialiste jacobin Mussolini voyait le fascisme comme une foi pour créer un nouveau contrat social, cette foi était aux antipodes de la foi chrétienne, mais rejoignait les pères de la révolution de 1789, puisque selon le Duce : « La loi chrétienne est au fond plus nuisible qu’utile à la forte constitution de l’état ». Néanmoins, le corps social italien était lui imprégné de catholicisme, il fallut donc composer prudemment avec cette force politique, d’où le traité du Latran en 1929 accordant plusieurs privilèges à l’état du Vatican, permettant ainsi de comprendre sa profession de foi exprimée en 1938 : « C’est pour cela que je suis catholique et antichrétien ».

L’unité

L’état totalitaire se renforça suite au krach financier de Wall Street en 1929 validant pour les fascistes, renforcé parallèlement par les thèses de Spengler, l’échec du modèle capitaliste et la nécessité d’avoir une alternative au libéralisme. Le fascisme ne fut jamais le bras armé du patronat italien ou un briseur de grève, mais il se retrouva encore devant un dilemme cornélien entre le marteau des industriels soutenant l’économie, et l’enclume du peuple italien cher à la mythologie fasciste. La solution était donc de placer un système corporatiste sous la direction de l’état, projet politique du totalitarisme fasciste doublé d’un consensus indispensable pour sa survie sur le long terme. Comme en 1789 pour le Duce, il était hors de question de toucher à la propriété privée ! Sur les conseils du banquier Alberto Beneduce, Mussolini mit en place un dirigisme d’état visant à substituer l’intervention publique aux capitaux privés désormais incapables de sauver les entreprises. Cela a dû faire grincer des dents, rappelons-nous que en 1928, Benito Mussolini brûla symboliquement la dette publique italienne sur la flamme de l’Autel de la Patrie à Rome. Le 12 Mars 1936, le gouvernement transforma la banque d’Italie en un établissement public autonome, cet interventionnisme étatique était une première en Occident. Face à la détresse grandissante du peuple italien à cause de la crise économique, le parti fasciste reçut la consigne de participer au soulagement des misères. Durant l’hiver de 1930, la section de Milan aidait 12000 familles, et un seul centre de ravitaillement nourrissait quotidiennement entre 800 et 900 personnes.

En 1933, après les élections de Roosevelt aux USA, et d’Hitler en Allemagne, une nouvelle politique internationale se mit en place dans laquelle l’Italie joua un rôle important, et qui mena à la seconde guerre mondiale. A cette époque, le droit international disait que : le responsable d’une guerre n’est pas celui qui tire le premier, mais celui qui a rendu la guerre inévitable.[/vc_column_text][vc_separator color= »custom » border_width= »2″ el_width= »20″ accent_color= »#b89e67″][vc_column_text css= ».vc_custom_1555423305111{margin-right: 20px !important;margin-left: 20px !important;} »]

Raphaël,
étudiant de l’ISSEP

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