Articles des étudiants : Chantal Mouffe, par Hugo Gréa, étudiant en Bac+4 à l'ISSEP

Article d’Histoire des idées politiques : Chantal Mouffe

Article d’Histoire des idées politiques : Chantal Mouffe

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Chantal Mouffe
Article d’Histoire des idées politiques,
par les étudiants de l’ISSEP

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Chantal Mouffe, la philosophe qui inspire la gauche européenne

Méconnue du grand public, Chantal Mouffe est pourtant l’idéologue la plus influente dans cette période de refondation de la gauche suite à sa défaite face au système néo-libéral. En France, Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon se réclament de sa pensée.

 

Chantal Mouffe est une philosophe politique belge, enseignant les sciences politiques à l’université de Westminster à Londres. Elle a avec son mari, Ernesto Laclau, signé un ouvrage de référence dans la refondation de la pensée à gauche intitulé : Hégémonie et stratégie socialiste. Elle est aujourd’hui spécialiste du « populisme de gauche » en Europe Occidentale et est souvent consultée par les leaders de ces partis, preuve en est, elle a co-signé en 2016 avec l’ancien porte-parole du mouvement Podemos, Íñigo Errejón, un livre intitulé Podemos : In the name of the people.

Une conjoncture de la vie politique Européenne

Chantal Mouffe présente dans sa pensée une analyse de la conjoncture en Europe occidentale et en tire l’analyse que nous vivons aujourd’hui dans Un moment populiste. Cela s’explique selon elle par une résistance au système, à l’hégémonie néo-libérale. Pour elle, le modèle dominant libéral nous entraîne dans un état de « post-démocratie » avec l’émergence de ce qu’elle qualifie de « fausse politique », c’est-à-dire quand le centre-gauche et le centre-droit défendent le même modèle politique et économique, cela est possible car les partis de gauche sociale acceptent l’économie de marché libérale, c’est le cas par exemple avec la célèbre troisième voie de Tony Blair ou plus récemment le mouvement « En Marche ! » du président français Emmanuel Macron. C’est ce qu’elle qualifie « d’illusion du consensus », cette situation entraine dans son analyse le développement d’une oligarchie au pouvoir qui ne représente plus les intérêts des peuples, car pour elle la globalisation libérale a supprimé deux éléments fondamentaux de la démocratie, l’égalité qui n’est plus assurée du fait de l’accroissement exponentiel des inégalités depuis la crise des subprimes et la suppression de la souveraineté populaire, car le peuple n’a plus la capacité de faire entendre sa voix et cherche donc des nouveaux moyens d’expression. C’est ce qui explique le développement des mouvements populistes en Europe, comme par exemple en Espagne avec le « Mouvement des Indignés » en 2011 qui remet en cause le système oligarchique créé par le système néo-libéral et qui souhaite transcrire les revendications populaires dans la loi dans un contexte d’austérité budgétaire. D’autres mouvements de moindre ampleur sont également intéressants à analyser selon elle comme le mouvement zadiste de Notre-Dame-des-Landes mais également le mouvement contre les réformes des retraites. Des mouvements politiques ont réussi à se structurer sur ce terreau favorable au populisme, c’est le cas de Podemos en Espagne et d’un de ses anciens leaders charismatique Íñigo Errejón qui a pris ses distances avec ce mouvement depuis son union avec les autres partis de gauche, ce dernier se revendique du populisme et espère pouvoir développer à l’instar des populismes de droite, une stratégie populiste de gauche.

Pour une stratégie « populiste de gauche »

Le terme très utilisé aujourd’hui de populisme n’a pas de contenu propre, Chantal Mouffe essaye elle de donner une définition de celui-ci, elle désigne le populisme non pas comme un état d’esprit ou comme un qualificatif mais comme une stratégie politique visant à rétablir une frontière à l’intérieur de la société. La société libérale, ayant entrainé un consensus et l’émergence d’une classe moyenne, a supprimé en apparence la conflictualité centrale entre les patrons et les ouvriers. Dans ce moment populiste que nous vivons et ce qu’elle qualifie de « montée des radicalités politiques » articulées autour de différentes luttes, le populisme essaye de recréer la frontière entre le « nous », le peuple et le « eux », la classe politique oligarchique. Elle appelle donc de ses vœux l’émergence de ce qu’elle qualifie de stratégie populiste de gauche, qu’elle observe à travers l’exemple de Jeremy Corbyn au Royaume-Uni et la redéfinition de la stratégie politique du parti Labour. Cette stratégie s’oppose à la stratégie mise en place depuis Tony Blair, avec pour slogan « For the many, not the few » que l’on pourrait traduire « pour la majorité et non pour la minorité », la majorité représentant le peuple et la minorité l’oligarchie au pouvoir. Malgré cela ce parti ne se présente pas comme populiste et Chantal Mouffe voit cela comme un avantage car le populisme est pour elle uniquement une stratégie et se qualifier de populiste serait mortifère car c’est également un adjectif utilisé par la classe oligarchique pour décrédibiliser toute forme de mouvement se réclamant de la volonté populaire. Elle identifie néanmoins une faiblesse dans la définition du « nous » de la part de ces mouvements, la classe ouvrière n’étant plus hégémonique, il faut donc créer les conditions d’une union des gauches autour de ce qu’elle appelle, « chaînes d’équivalences », pour pouvoir faire congruence face au système en place. Ce problème est très présent par exemple en Allemagne avec le mouvement Die Linke qui est divisé en interne sur la stratégie et le peuple qu’il compte représenter, deux branches s’affrontant. La branche socialiste historique qui souhaite défendre les ouvriers, et la nouvelle gauche qui souhaite défendre les minorités. Enfin Chantal Mouffe aimerait que le terme de populisme soit moins connoté péjorativement car il n’est que l’expression des volontés du peuple et sans peuple, sans « demos », il n’y aurait plus de démocratie.

Une nouvelle hégémonie nécessaire

Les penseurs actuels des différents mouvements populistes souhaitent créer dans une pensée que l’on pourrait qualifier de « gramscienne », en référence au célèbre penseur italien Antonio Gramsci, une nouvelle hégémonie face à l’hégémonie néo-libérale qui s’est imposée depuis les années 1980. Il faut pour cela créer une nouvelle vision du monde et créer un peuple, un groupe social qui soit hégémonique mais dans ce contexte de démocratie radicale analysé par Laclau et Mouffe, qui se qualifie par des luttes différentes et non unifiées, il faut donc engager une convergence des luttes basée sur des combats symboliques, comme par exemple les droits LGBT ou le féminisme qui doivent servir dans un contexte de guerre de position, comme l’analysent Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, à gagner des combats symboliques pour faire avancer la reconquête progressive du pouvoir. Chantal Mouffe remarque également que les partis dit populistes de droite réussissent avec des valeurs anciennement revendiquées par la gauche à créer un contre discours face à la pensée néo-libérale en dénonçant les chômeurs ou les immigrés censés profiter du système social. Pour elle la gauche aujourd’hui est en recul et ne semble pas prendre conscience du nouveau cadre politique. Chantal Mouffe souhaite également que les mouvements se classant plutôt à gauche n’oublient pas la classe ouvrière dans leurs revendications et ne rentrent pas en opposition avec celle-ci, ce qui ne permettrait pas à la gauche d’exister, car le combat pour la classe ouvrière est aujourd’hui pour elle ce qui fait encore l’intérêt des partis de gauche mais ils doivent être articulés avec les luttes des minorités oppressées que sont les étrangers, les homosexuels… La question également du chef est très importante, pour créer une hégémonie, il faut un hégémon, c’est-à-dire un chef. Sur ce point, elle est fortement critiquée car la notion d’autorité à gauche est remise en cause. Elle note tout de même que les partis dit de gauche et suivant une stratégie populiste qui se sont imposés dans le paysage politique de leurs pays avaient un chef charismatique c’est le cas pour Podemos avec le leader Pablo Iglesias Turrión. Chantal Mouffe est également opposée à ce qu’on appelle les coalitions arc-en-ciel, c’est-à-dire l’union pour un scrutin de différentes formations pour arriver au pouvoir car pour elle, le mouvement n’étant pas unifié autour d’un programme unique et les objectifs divergeant entre les membres cela aboutira a une trahison certaine d’une partie de l’électorat.

Une pensée transposable ?

Finalement que faut-il retenir de la pensée de Chantal Mouffe dans le cadre de la recomposition des paysages politiques en Occident ? Est-ce une pensée utile pour l’émergence de mouvements populistes ? Et finalement cette pensée peut-elle permettre de sortir de la défiance vis-à-vis des politiques et recréer un pouvoir politique ordonné au service du bien commun ? La réponse à ces trois questions est inéluctablement oui, son analyse est un constat objectif et réaliste de la période postsocialiste en Europe Occidentale. Elle est également une actualisation réussie et pragmatique de la pensée d’Antonio Gramsci qui est aujourd’hui remise en avant et très étudiée par les différents mouvements populistes qui souhaitent arriver au pouvoir par le combat culturel. La notion de peuple est également très intéressante à faire revivre dans cette période de professionnalisation de la vie politique et du rejet croissant de nos élites politiques. Il faut bien voir aujourd’hui la nécessité de connaître la pensée politique de Chantal Mouffe pour comprendre la reconstruction du système idéologique à gauche, et pour comprendre les nouvelles luttes soutenues par les partis se réclamant de cet hémisphère politique et leurs stratégies pour réaccéder au pouvoir suite à la trahison opéré à partir des années quatre-vingt par les partis se réclamant du socialisme. Il faut également voir les limites de cette stratégie avec par exemple le cas au Royaume-Uni de Jeremy Corbyn, qui par électoralisme est devenu aujourd’hui antisémite et proche des mouvements salafistes et des Frères musulmans. On voit également aujourd’hui, sur l’autre hémisphère, émerger une nouvelle pensée conservatrice en Europe Occidentale s’opposant aux dérives de la mondialisation libérale qui dans les mêmes modalités que ce qu’analyse Chantal Mouffe souhaite recréer un peuple et une nouvelle hégémonie culturelle pour se protéger des dérives de la société libérale. Cette dernière prenant ses inspirations aussi bien aux Etats-Unis avec des auteurs comme Russell Kirk, mais également en Europe avec des penseurs tels que Carl Schmitt et sa célèbre « théorie du partisan » mais également Antonio Gramsci qui bien qu’assimilé historiquement à la gauche semble aujourd’hui faire consensus dans la guerre des idées.[/vc_column_text][vc_separator color= »custom » border_width= »2″ el_width= »20″ accent_color= »#b89e67″][vc_column_text css= ».vc_custom_1563190430147{margin-right: 20px !important;margin-left: 20px !important;} »]

Hugo GRÉA,
étudiant à l’ISSEP

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