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Article des étudiants | La reconnaissance faciale : la solution. Mais à quel problème ?

Article des étudiants | La reconnaissance faciale : la solution. Mais à quel problème ?

Faceau problème grandissant de la violence dans les sociétés d’Europe de l’ouest, est-ce que la reconnaissance faciale est de nature à apporter une solution ? Il convient de s’interroger sur la pertinence de son usage en ce qui concerne la lutte contre la criminalité.

En l’état, son usage s’apparente à des soins palliatifs à dose homéopathique qui ne s’attaquent pas à la racine du mal, et pour cause : le sujet est toujours tabou. L’utilisation de cette technologie ferait ressortir avec plus de précision l’influence d’une immigration non maitrisée dans le domaine de la criminalité.

 

La reconnaissance faciale : c’est quoi ?

La reconnaissance faciale est une technique biométrique qui, à partir de caméras couplées à des bases informatiques, permet le discernement automatisé des individus. Etroitement lié aux travaux sur l’intelligence artificielle, le marché, évalué à 4.5 milliards de dollars en 2018, présente une croissance annuelle potentielle estimée à 10% jusqu’en 2026. Les GAFAS sont les intervenants principaux dans le domaine. Malgré une technologie qui peut encore être améliorée, les acteurs sont déjà en mesure de présenter des résultats d’identification positive pouvant aller jusqu’à 99%, notamment Google avec son système Face Net.
Son utilisation soulève un certain nombre d’enjeux car elle concerne des domaines aussi divers que la sécurité, la santé et le commerce et pose nombre de problèmes éthiques et sociétaux car cela impacte directement les individus et les sociétés.

 

La fin de l’anonymat : pourquoi faire ?

Le système de reconnaissance faciale n’est qu’un moyen. Sa finalité doit toujours être analysée à l’aune de l’usage qui en est fait. La Chine est le pays de référence en ce qui concerne son application au volet sécuritaire. En 2018, de 170 à 200 millions de caméras équipées de système de reconnaissance faciale ont déjà été installées. L’objectif à atteindre pour fin 2020 est de 450 à 600 millions d’unités. Le système de gouvernance chinois permet la mise en place sans entraves de cette surveillance gigantesque facilitant le suivi permanent et le fichage extensif de la population du pays. Le gouvernement sait ainsi qui fait quoi, où, quand, comment et avec qui. L’anonymat sur l’agora a disparu, on ne peut plus se fondre dans la masse en Chine.

Le pays a plusieurs longueurs d’avance sur l’Occident dans ce domaine. La disparition de la vie privée est la suite logique de l’instauration d’un système de « crédit social » qui consiste à évaluer les actions de chacun, dans tous les domaines et même dans le monde virtuel, par une notation, positive ou négative, qui peut avoir des conséquences significatives dans le quotidien. Il peut devenir impossible d’obtenir un prêt bancaire, de voyager, voire de trouver un travail. Le système incite les gens à choisir leurs amis avec prudence, la notation négative d’un individu pouvant impacter celle de ceux qui lui sont liés. Une manne d’informations sur le comportement des citoyens, de leurs habitudes et même de leur casier judiciaire est ainsi à disposition des autorités chinoises. Les institutions bancaires et les sociétés d’assurance européennes doivent en rêver. L’organisation politique chinoise le permet. Les raisons d’éviter de rentrer dans ce système dystopique sont évidentes pour des Européens. Le sort des 2.5 millions d’Ouighours sous surveillance en est une, parmi de nombreuses autres.

 

La France et l’Occident en reste dans ce domaine ?

Sans que cela atteigne encore une telle ampleur les pays occidentaux ont déjà amorcé une mutation dans le domaine des moyens de surveillance. Ils ne peuvent néanmoins, à l’instar des régimes totalitaires, afficher clairement une politique de surveillance générale et totale qui priverait les populations des libertés fondamentales qui sont les piliers des démocraties. Le Royaume-Uni est le pays occidental qui, depuis longtemps déjà, utilise la reconnaissance faciale, au nom de la lutte contre la criminalité et le terrorisme, en déployant une technologie permettant l’identification d’individus en comparant les images des caméras de surveillance a une base de données de suspects. Son utilisation est interdite en France mais il y a des dérogations.
Elle est installée dans les aéroports d’Orly et Roissy-Charles de Gaulle, pour faciliter les déplacements de passagers. Elle devait également l’être dans deux établissements scolaires à travers le déploiement de portiques munis de ce système. Les lycées Ampère, à Marseille, et Les Eucalyptus, à Nice. Mais le tribunal administratif de Marseille a invalidé l’expérimentation du contrôle d’accès par reconnaissance faciale arguant que n’étaient pas prévues des garanties suffisantes afin d’obtenir des lycéens ou de leurs parents qu’ils donnent un consentement à la collecte de leurs données de manière libre et éclairée. La différence de traitement entre Français et Chinois sur ce point apparaît ici de façon éclatante. En revanche le maire de Nice a recours cette technologie sans problème pour sécuriser les entrées dans le périmètre du Carnaval.

« A l’heure où de nombreux jeunes criminels se filment, à visage découvert, commettant des exactions, les postant sur les réseaux sociaux, un citoyen respectueux de la loi et de l’ordre a quelques difficultés à accepter que ce soit à lui qu’on demande d’abandonner son droit à la vie privée. »

Le nombre de cameras déployées en Chine peut impressionner. Mais si l’on en établi le ratio par rapport à la population, il est relativement comparable à celui des caméras installées au Royaume-Uni. Et, d’après Fabrice Epelboin, enseignant à Sciences-Po Paris, cela sera bientôt le cas en France. Le manque d’information sur la question a pour conséquence, dans les pays occidentaux, une certaine réticence à admettre ouvertement l’utilisation de cette technologie. Car quand on parle de reconnaissance faciale et de surveillance de masse on pense plus naturellement à un système non démocratique comme celui de la Chine.
Finalement l’utilisation de cette technologie massivement utilisée en Chine semble gagner les faveurs de plus en plus de pays Occidentaux, notamment au nom de la lutte contre le crime et le terrorisme. Mais le jeu en vaut-il la chandelle ? La criminalité galopante et l’insécurité croissante des sociétés d’Europe de l’ouest ne trouvent elles leur origine que dans le manque de technologie de surveillance ? A l’heure où de nombreux jeunes criminels se filment, à visage découvert, commettant des exactions, les postant sur les réseaux sociaux, un citoyen respectueux de la loi et de l’ordre a quelques difficultés à accepter que ce soit à lui qu’on demande d’abandonner son droit à la vie privée.

Dans un état contraint à faire usage de la force pour rétablir l’ordre lors de manifestations répétitives depuis 2018, il est curieux de constater, considérant que l’identité des fauteurs de troubles, le plus souvent des milices d’extrême gauche, Antifas, Blackblocks, est connue des services spécialisés et que ces dernières ne sont jamais inquiétées. Notre honnête citoyen est encore ici en droit de s’interroger sur l’utilisation éventuelle d’une identité qu’il aurait volontairement mise à disposition du système. Autre motif de doute, voire d’inquiétude, depuis l’accession de Sadik khan aux responsabilités de maire de Londres, la capitale anglaise n’a jamais connu autant de criminalité violente. Elle s’est même vu décerner le surnom officieux de capitale des attaques au couteau alors que l’usage de la vidéosurveillance est pourtant généralisé.

 

L’abolition de la vie privée en échange de la sécurité ?

Alors la reconnaissance faciale, pour quoi faire ? Quelles sont les raisons invoquées pour son usage ? Facilité et sécurité. Passer la sécurité aéroportuaire plus rapidement et déverrouiller son téléphone portable ? Il est aisé de concevoir qu’elle est une aubaine pour les entreprises commerciales, les banques et les sociétés d’assurance. Cependant est-ce bien suffisant pour inciter un citoyen ordinaire à accepter les risques de dérives qui y sont associés sans même en tirer un bénéfice de sécurité évident ?
On est finalement face à l’éternel choix : sacrifier les libertés au nom de la sécurité ? La sécurité est la première des libertés. Une troisième voie semble pourtant évidente, s’attaquer à la racine du mal mais pour se faire : il faut accepter de designer le mal. En l’état actuel des choses, difficile de voir la lumière au bout du tunnel.

 

Douglas McKillop,
étudiant en Bac+4 à l’ISSEP
publié sur L’Incorrect